« Bonjour, (1) nouveau message vocal a été déposé à 12h20 sur le serveur Diff message. Cliquez ici afin d’en prendre connaissance et y répondre avant ce soir. » Ce SMS arrive d’un numéro en 06 ou 07, votre propre numéro apparaît dans le texte, et le lien ressemble à une notification automatique. Aucun opérateur ne fonctionne pourtant ainsi. Le serveur Diff message n’existe pas : c’est le nom inventé d’une campagne d’hameçonnage par SMS qui circule en France depuis 2021 et ne poursuit qu’un seul but, récupérer vos données bancaires.
À quoi ressemble ce SMS et pourquoi il revient en boucle

Le message suit presque toujours le même moule. Une formule de politesse, la mention d’« (1) nouveau message vocal », votre numéro affiché pour crédibiliser le tout, une heure de dépôt précise, puis un lien à cliquer « avant ce soir ». Cette urgence artificielle est le premier signal d’alerte. Un vrai répondeur ne s’écoute qu’en composant le numéro de votre messagerie vocale, jamais via un lien reçu par texto.
L’ampleur du phénomène explique pourquoi vous le recevez plusieurs fois. En 2025, la plateforme 33700 a dépassé le million de signalements de SMS et appels frauduleux, contre plus de 3 millions déjà comptabilisés sur la seule année 2023. La DGCCRF a relevé une hausse d’environ 60 % des signalements liés aux arnaques par SMS entre 2021 et 2023. Le smishing , contraction de « SMS » et de « phishing », est devenu le canal préféré des escrocs parce qu’un envoi de masse coûte quelques centimes et qu’un tout petit pourcentage de clics suffit à le rentabiliser.
Les variantes tournent en permanence pour échapper aux filtres. Faux message vocal, faux rendez-vous « de demain 9h15 », colis bloqué en livraison, ou message « envoyé par erreur » : le prétexte change, le lien piégé reste. Les noms de domaine se renouvellent au même rythme, d’espacevocal.com à agendavocal.com en passant par diff-messagerie.com. Beaucoup s’affichent en « http » sans le « s » de sécurisé, un détail qui trahit un site jetable monté pour quelques jours seulement.
Ce qui se cache réellement derrière le lien

Deux pièges se cachent derrière ces adresses, selon la campagne. Le premier déclenche un rappel automatique vers un numéro surtaxé , souvent facturé autour de 3 € par appel et parfois rattaché à des sociétés-écrans domiciliées à l’étranger. Vous croyez écouter un message, vous alimentez en réalité une ligne payante.
Le second piège vise directement votre portefeuille. Le site frauduleux réclame un paiement dérisoire, généralement moins de 2 €, pour « débloquer » le message ou « reprogrammer » une livraison. Ce montant minuscule est l’appât. En saisissant votre carte, vous livrez vos 16 chiffres, la date d’expiration et le cryptogramme à des pirates qui s’en serviront pour des achats bien plus lourds. Sur Android, certains liens proposent aussi de télécharger une application en « .apk » censée suivre un colis. Ce fichier est un cheval de Troie capable de siphonner vos mots de passe et de renvoyer l’arnaque à tous vos contacts.
Le nom « Diff message » n’a rien d’anodin. Il sonne technique et administratif, comme une notification générée par un système. Ce vernis de sérieux abaisse la méfiance, surtout quand votre propre numéro est affiché dans le texte. C’est de l’ingénierie sociale classique : miser sur la curiosité et la peur de rater une information plutôt que sur une véritable faille technique.
Ce qu’il faut faire, étape par étape
Si vous n’avez pas cliqué
Ne cliquez pas, ne rappelez aucun numéro indiqué dans le message, et ne répondez pas, même « STOP ». Une réponse confirme aux escrocs que votre ligne est active et attire d’autres vagues. Bloquez le numéro expéditeur, puis supprimez le SMS. Recevoir le message ne présente aucun risque en soi. Le danger commence seulement au clic.
Si vous avez cliqué sans rien saisir
Le risque reste limité, mais restez attentif. Passez votre téléphone en mode avion quelques minutes, lancez une analyse antivirus si vous en avez une, et surveillez tout comportement anormal : ralentissements, application inconnue, surconsommation de données. Vérifiez aussi votre prochaine facture téléphonique pour repérer un éventuel appel surtaxé passé à votre insu.
Si vous avez saisi vos données bancaires
Agissez dans l’heure. Faites opposition immédiatement via votre application bancaire ou le numéro d’urgence de votre banque, avant que la carte ne serve. Changez ensuite les mots de passe des comptes concernés, conservez le SMS et des captures d’écran comme preuves, puis surveillez vos relevés pendant plusieurs semaines. Un point rassurant : depuis un arrêt de la Cour de cassation d’octobre 2024, confirmé par la Cour d’appel de Paris en mai 2025, une victime d’usurpation ne peut plus se voir opposer automatiquement une « négligence grave ». La banque doit rembourser, sauf à démontrer une faute caractérisée.
Signaler pour couper le robinet
Un signalement bien fait aide à neutraliser la campagne pour tout le monde. Transférez le SMS au 33700 , gratuit chez Orange, SFR et Bouygues, puis renvoyez le numéro émetteur quand la plateforme le demande. Ces remontées permettent aux opérateurs de suspendre les lignes frauduleuses. En janvier 2024, environ 17 000 lignes ont ainsi été coupées en un seul mois.
Pour aller plus loin selon votre situation, quatre relais complètent le 33700. Signalez le site piégé sur PHAROS , déclarez une fraude à la carte bancaire sur PERCEVAL , déposez plainte en ligne via THESEE , et lancez un diagnostic gratuit sur Cybermalveillance.gouv.fr. Pour être guidé pas à pas, la plateforme Info Escroquerie répond au 0 805 805 817, service et appel gratuits.
Questions fréquentes sur le sujet
Comment les escrocs ont-ils eu mon numéro ?
Rarement de façon ciblée. Ces campagnes reposent sur des fuites de données massives et sur des envois au hasard, sur des tranches entières de numéros. Recevoir ce SMS ne signifie donc pas que vous êtes personnellement visé, ni que votre téléphone est infecté.
Comment vérifier si j’ai un vrai message vocal ?
Composez directement le numéro de votre messagerie vocale ou ouvrez l’application de répondeur visuel de votre téléphone. Un opérateur ne vous notifie jamais depuis un 06 ou un 07 accompagné d’un lien externe. Si le message vient d’un numéro mobile classique avec une adresse à cliquer, c’est une arnaque.
Faut-il répondre pour se désabonner ?
Non. Contrairement aux vraies publicités où répondre « STOP » fonctionne, répondre à un SMS frauduleux ne fait que valider votre numéro auprès des escrocs. Le bon réflexe reste le signalement au 33700, puis le blocage de l’expéditeur.
Reconnaître le piège en quelques secondes
Trois repères suffisent à démasquer ce SMS : un message vocal ne s’écoute jamais par un lien, l’urgence « avant ce soir » est fabriquée de toutes pièces, et le nom « serveur Diff message » ne correspond à aucun service réel. En ne cliquant pas, en signalant au 33700 et en bloquant l’expéditeur, vous vous protégez et vous privez la campagne de sa rentabilité. Le seul geste vraiment risqué serait de céder à la curiosité.